L’ère de la flemme d’Olivier Babeau m’a beaucoup parlé et pas seulement parce que je le connais désormais comme co-auteur de Ne faites plus d’études.
Ce livre traite d’un sujet que j’observe depuis longtemps dans les équipes commerciales : le recul progressif de l’effort, du goût du travail bien fait, de la capacité à se dépasser.
Olivier Babeau ne fait pas dans la nostalgie facile. Il documente, il analyse, il dérange. Et il pose une question que peu de gens osent formuler aussi clairement : et si notre plus grand problème n’était pas le manque de moyens, mais le manque d’envie ?
Voici quelques idées que j’en retiens, vues avec mon prisme d’auteur et conférencier commercial.
Mais je ne fais qu’effleurer le sujet, le livre est dense et vaut largement la lecture complète.
L’ère de la flemme : le diagnostic qui dérange
Pendant des millénaires, l’effort était inévitable. On survivait par lui, on appartenait à un groupe grâce à lui, on se réalisait à travers lui. Ces trois piliers structuraient l’existence humaine et donnaient un sens naturel au travail.
Aujourd’hui, ces contraintes ont disparu. On peut survivre sans effort, appartenir sans contribuer, et se « réaliser » en scrollant. Le problème n’est plus de trouver les ressources pour agir, c’est de trouver la raison de le faire.
Ce n’est pas un jugement moral.
C’est un constat qu’Olivier Babeau documente avec une précision qui met mal à l’aise. On aimerait qu’il se trompe, mais malheureusement, les exemples qui appuient son propos sont légion.
L’oisiveté n’est pas le repos, c’est le vide
C’est le thème qui m’a le plus marqué dans ce livre. On confond souvent repos et oisiveté. Le repos ressource. L’oisiveté, elle, n’apporte rien et finit par tout prendre.
L’auteur montre comment une société qui supprime les contraintes sans les remplacer par des objectifs sombre progressivement dans une forme de dépression collective. On ne s’ennuie plus vraiment (les écrans nous distraient), mais on ne construit plus rien non plus.
La formule qui résume tout : les décisions difficiles mènent à des vies faciles. Les décisions faciles mènent à des vies difficiles.
Le revenu universel : chance ou catastrophe ?
L’IA va supprimer des emplois. Beaucoup. Et l’idée d’un revenu universel pour compenser commence à faire son chemin. Il sera probablement inévitable si la tendance continue. Comme le dit par ailleurs Stéphane Mallard, la théorie de la destruction créatrice, élaborée par Schumpeter aura du mal à se reproduire dès lors que nous déléguons non plus notre force de travail au sens propre, mais notre intelligence…
La grande question est donc de savoir si ceci sera une libération historique ou une catastrophe.
La thèse d’Olivier Babeau est que la réponse dépend entièrement de ce qu’on met à la place du travail. Si on remplace le travail par des activités qui nous élèvent, nous engagent, nous font progresser, ce pourrait être une chance formidable pour l’humanité. Si on le remplace par Netflix et les réseaux sociaux, on fabriquera des zombies sur canapé.
L’oisiveté subie n’a jamais rendu personne heureux. L’histoire le confirme à chaque page de ce livre.
Ce que je retiens de l’ère de la flemme pour les commerciaux
Le marché pousse vers le moindre effort. Pour le client, pour le commercial, pour tout le monde. Les outils simplifient, automatisent, fluidifient. C’est bien. Mais il y a un risque : confondre la simplification des outils avec la simplification du métier commercial.
Un professionnel de la vente qui prospecte sérieusement, qui prépare ses rendez-vous, qui écoute vraiment, qui relance avec méthode, ce commercial-là devient rare. Il devient rare parce qu’il nage à contre courant. Les outils lui permettent d’aller plus vite sur les tâches arides, mais aussi d’en faire plus et d’être vraiment au top pour chaque interactions.
L’effort n’est pas l’ennemi de la performance commerciale. Il en est le carburant. Ceux qui l’acceptent dans un monde qui l’évite ont un avantage compétitif que personne ne peut leur voler.
La formule de Babeau s’applique mot pour mot au métier commercial : réussite = compétences × effort.
Et même si on la revisite en proposant : réussite = compétences × outils IA x effort.
Supprimer l’effort de l’équation, c’est plafonner (et s’ennuyer).
En résumé, c’est un livre un peu inconfortable, surtout si on a peur de passer pour le vieux c.. aigri qui pense uniquement que « les jeunes d’aujourd’hui ne travaillent pas autant qu’avant… «
L’analyse de l’auteur va bien au-delà de ce raccourci et c’est très bien.
Allez, bonne lecture à tous et n’oubliez pas : le canapé n’est pas votre ami !
